La montagne en pente douce... à partager Quitter le blog

Un outil d’aide à la décision pour une prise de risque mesurée

Jeudi, 30 novembre, 2017 écrit par Christophe

arbre gelé
Au fil des décennies, des chercheurs ont développés des outils d’aide à la décision qui ont été adaptés aux métiers dits à risques tels que les pilotes d’avions, les médecins urgentistes, pompiers, soldats, guides de haute montagne…

La prise de décision est au guide de haute montagne ce que la partition est au chef d’orchestre et, sauf si c’est Mozart qu’on assassine, une fausse note n’a jamais tuée personne.

L’alpinisme et le ski de montagne sont des domaines où la prise de décision est une prise de risque. Lorsque les conditions d’ascensions deviennent précaire s, comment être certain que la décision prise est la bonne ? Ne va t’on pas insister au-delà du point de non retour ou au contraire décider trop tôt de rebrousser chemin ?

Depuis le choix d’une course adaptée, l’analyse fine du comportement des clients, des conditions de la montagne… « La neige, la météo, sont-elles favorables? », le guide est formé pour soupeser les éléments et les combiner entre eux.

Signes des temps et des dernières recherches, les guides en viennent à s’interroger sur eux mêmes. « Comment je me sens ce matin ? » « Heureux, léger, en forme… ou au contraire déprimé, lourd, à la traîne ? » »Pourquoi continuer alors que toutes les critères ne sont pas réunis ? »

Toutes ces questions se bousculent sous la pression d’une météo qui change très vite, l’orage, la neige, le brouillard et ceci sous le regard inquiet de groupes souvent mal préparés aux « coups durs ».

Cette situation un brin stressante vous rappelle certainement des ambiances vécues quotidiennement dans votre travail, avec vos clients, vos collaborateurs, vos supérieurs hiérarchiques ?

Aucune décision sous pression n’est facile à prendre. Dites vous seulement que vos décisions n’entraînneront aucune chute mortelle si vous agissez à temps. En analysant les accidents les plus graves, on constate qu’il existe un point critique à partir duquel il est complexe de revenir en arrière. À contrario de nombreux rescapés avouent avoir modifiés leurs parcours alors que tous les signaux étaient au rouge.

Les accidents en montagne interviennent très rarement subitement, sans signe avant-coureurs.

Une erreur où un oubli entraîne parfois un incident qui sans réflexion s’accompagne à son tour d’un autre incident (voir chapitre X « Une cordée d’amateurs sur la vallée Blanche »)

Si l’on n’est pas attentif à son environnement, à ses compagnons et à soi cette réaction en chaîne provoque un emballement difficile à stopper.

Le Leader à cette obligation de vigilance. Il montre le chemin tout en évaluant si les obstacles sont surmontables ou contournables, quitte à tester lui même l’obstacle.

Lorsque les solutions de contournements sont impossibles tout Leader droit dans ses bottes doit se rendre à l’évidence. Il faut appliquer un plan de repli. Ce scénario est souvent le plus rébarbatif mais il offre le plus de garanties de revenir sain et sauf dans la vallée.

Apprentis managers, vous pouvez vous inspirer de ces modèles et tester l’outil d’aide à la décision appelé 3×3 inventé par le Nivologue suisse Werner Munter. Pour rappel, sa méthode consiste à s’interroger sur trois séries de variables :Les conditions (ciel, neige), le terrain, l’homme, à trois niveaux spatiaux et temporels successifs :

- le niveau général correspond à la préparation du parcours chez soi

- le niveau local correspond à la conduite de la course : choix de l’itinéraire et de la trace

- le niveau « zonal » porte sur le choix optimal de la trace, la conduite à tenir et les mesures de sécurité à adopter dans tout passage suspect.

À chacun de ces niveaux d’analyse, il faut répondre à la question « compte tenu de ces différents éléments, est-ce que je peux y aller ? ». Si l’on répond positivement, on passe au niveau suivant. Cette démarche correspond au processus classique de la gestion du risque en montagne : repérer le danger/ l’analyser/ le minimiser.

Le Manager saura repérer dans ces 3 niveaux, les analogies transférables à son univers.

Quelque soit vos choix, réfléchissez à comment adapter votre projet en cas d’imprévues et avant chaque décision importante prévoyez un plan B réaliste. Cette prise de risque mesurée vous rendra plus fort et positif dans vos décisions. Une sérénité qui vous conférera encore plus d’autorité auprès de vos coéquipiers.