Traversée de la Meije – Déroulement en 4 actes
La Meije est « LA » montagne d’Oisans. On dit « Meidjo » en Provençal; midi, enfin le Pic de midi, dénommée ainsi parce que devant la Grave, au sud.
Elle est considérée comme l’une des plus ardus des Alpes.
Pierre Gaspard Guide à St Christophe et Emmanuel Boileau de Castelnau jeune homme Languedocien de noble lignée, furent les premiers debout au grand Pic en août 1877. C’est en 1891 que la première traversée des arêtes fut réalisée par la cordée J.-H. Gibson, U. Almer et F. Boss.
Cet itinéraire est devenu au fil des années, la classique du massif et considéré, à juste titre comme l’une des plus belles des Alpes.
Traversée de la Meije Déroulement en 4 actes
Acte 1 – Refuge du Promontoire 4h30 du matin

Les frontales s’allument, la porte s’ouvre, le froid est vif et les étoiles sont toujours au rendez-vous. On déplie doucement la corde, le noeud est bien serré, quelques anneaux de buste bien arrêtés et quelques-uns à la mains. « C’est bon ? » Impossible
de se louper, le départ est situé entre le refuge et les toilettes ! »C’est parti ! »
Les gestes s’enchaînent tranquillement. Nous sommes bien synchronisés car notre repérage de la veille nous mets en confiance…. Voilà le mur raide.
« OK, tu m’assures ? »
Le Pas du Crapaud (4b) court mais physique est vite avalé.
On remonte le fil de l’arête puis les dalles inclinées jusqu’à buter sous un grand ressaut raide… On respire un peu au Campement des Demoiselles :
« Ca va ? Tu te sens bien ? » »Génial ! »
La lampe balaye à nos pieds une grande zone d’ombre. Nous arrivons dans leCouloir Duhamel. « Attention de ne pas zipper, tu as de la glace par endroits ! » Prudemment, nous grimpons rive gauche puis rive droite. Encore un petit effort et nous arrivons aux terrasses au pied de Pyramide Duhamel.

Un air glacial se met à souffler légèrement. Les lumières de l’Alpe d’Huez brillent encore mais les étoiles cèdent peu à peu la place à un ciel blafard. Le jour se lève.
« On boit un coup »?
Acte 2 - Muraille Castelnau 7h00
Nom de nom qu’elle est impressionnante cette Muraille Castelnau ! Nous marchons ensemble sur la large dalle peu inclinée qui mène au pied de la paroi. Après quelques mètres en traversée et un pas de descente, nous voilà dans le vif du sujet. Les prises de cette Dalle Castelnau diminuent de grosseur et l’usure des prises oblige à une concentration importante pour un passage à mon sens sous-coté (3b). Sacré Gaspard, quelle audace !
Nous suivons la grande vire inclinée puis grimpons tantôt ensemble tantôt en relayant. Le vide se creuse. Voilà le passage du Dos d’Ane (3c) protégé par un clou d’époque puis après un boulevard et une cheminée retord, la Dalle des Autrichiensnous apparaît lumineuse et évidente. Ce passage est d’une incroyable modernité : Il se réalise tout en finesse, les pointes arquées sur les réglettes, les doigts remontant doucement une fine lézarde. « P… mais c’est dur ! »(5b) et nous offre une nouvelle leçon d’humilité.
Nous atteignons l’arête puis le Pas du Chat (3b) qui donne accès à la cheminée. Après quelques piles d’assiettes et une traversée, les pieds cherchent à la descente les prises d’une dalle inclinée menant aux vires du Glacier Carré.
Acte 3 – Sommet du Grand Pic 10h30
Le Glacier Carré est en neige dure. Crampons aux pieds nous dessinons une diagonale qui nous mène au pied du Grand Pic.
Dans ces hautes contrées l’air remontant de la face nord est glacial. « Une goutte de thé ? » Nous longeons l’arête prudemment car le verglas recouvre par moment le rocher (3a).
Plusieurs zigs et zags plus tard, nous arrivons à une zone moins raide. Le collet caractéristique. se nomme le Cheval Rouge. Une dalle fine et glissante permet de se rétablir et de relayer à califourchon sur l’arête (3c). « Ca sent le sommet ! «
Un petit surplomb aérien mais pourvu de bonnes prises, le Chapeau du Capucin (3c) et on se surprend à cavaler sur l’arête qui mène au sommet du Grand Pic. Ici tout est calme; La Vierge nous accueille avec bienveillance.
Congratulations mon frère ! Mon ami est en train de réaliser son rêve. Il se retourne et se mouche discrètement. Silence
Acte 4 – Traversée des Arêtes 14h
La course n’est pas finie. Mieux ! Une deuxième course commence.
Les cordes de rappel s’envolent mais ne s’emmêlent pas. Trois rappels plus tard nous accédons à la Brèche Zsigmondy. En s’assurant au mieux, nous traversons l’arête effilée (3b) et suivons crampons aux pieds et corde tendue la traversée horizontale des câbles : Affreux et pénible passage qui chaque année se déglingue un peu plus.
La goulotte de glace qui suit se grimpe câble à la main. On devine sous nos pieds le vide impressionnant de la face nord…
Enfin nous débouchons sur l’arête. La caresse du soleil nous apaise. « OK, tu peux y aller ! » Il y a bien quelques nuages qui menacent les Ecrins, mais nous décidons d’apprécier ce moment de quiétude.
Traversée, désescalade, rappel… L’un derrière l’autre, les gestes sont plus lents comme pour conserver leurs précisions. La fatigue qui se fait sentir. Nous progressons sur l’arête jusqu’à atteindre le Doigt de Dieu, le sommet central de notre ascension.
Poser les mains, tester les prises, taper les pointes, débotter. Les gestes sont automatiques, plus un mot n’est échangé… Désescalade, un premier rappel puis un deuxième, attention sauter la rimaye. Ca y est, nous sommes sur le glacier !
Le Refuge de l’Aigle est là, tout prêt, lové sur son piton rocheux, accueillant.
J’imagine la porte s’ouvrant, les regards curieux des alpinistes attablés, le sourire du gardien, la soupe fumante.
Après ces délicieux moments, il faudra descendre, traverser les vires Amieux, descendre encore, murmurer quelques injures car le mal aux pieds devient trop cruel. Enfin nous atteindrons la verte vallée qui s’assoupit dans la fraicheur de la tombée de la nuit.

