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Le mal aigu des montagnes : le reconnaître et redescendre

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4 min de lecture 4,0 (24 avis)

Ce sujet, je le prends au sérieux à chaque fois qu’un groupe monte au-dessus de 2 500 mètres dans les Écrins, que ce soit vers un col du Valgaudemar ou en direction d’un refuge d’altitude. Le mal aigu des montagnes n’a rien d’une légende de vieux montagnard : c’est une réaction physiologique bien identifiée, qui peut toucher n’importe qui, y compris une personne jeune et sportive, dès que l’altitude et la vitesse d’ascension dépassent ce que le corps peut gérer.

Ce qui se passe en altitude

En prenant de la hauteur, l’air se raréfie et l’organisme reçoit moins d’oxygène à chaque respiration. Le corps s’adapte normalement par une acclimatation progressive – respiration plus fréquente, production accrue de globules rouges sur plusieurs jours – mais cette adaptation demande du temps. Monter trop vite, en particulier au-dessus de 3 000 mètres, ne laisse pas ce temps au corps, et c’est là que les premiers symptômes apparaissent.

Les signes qui doivent alerter

Le premier symptôme, presque toujours, c’est une céphalée qui s’installe en altitude et ne cède pas avec le repos. Elle s’accompagne souvent de nausées, d’une fatigue disproportionnée par rapport à l’effort fourni, de vertiges légers ou de troubles du sommeil la nuit suivant une montée rapide. Pris isolément, chacun de ces signes peut sembler bénin. C’est leur apparition en altitude, après une ascension rapide, qui doit mettre la puce à l’oreille.

Les signes de gravité, eux, ne laissent aucune place au doute : confusion, perte d’équilibre marquée qui empêche de marcher droit, essoufflement au repos, toux avec expectoration mousseuse. Ces symptômes signalent une atteinte pulmonaire ou cérébrale sévère et imposent une prise en charge d’urgence, sans attendre.

Ce qui complique parfois la lecture, c’est que ces signes peuvent apparaître plusieurs heures après l’arrivée en altitude, y compris pendant la nuit, une fois l’effort de la journée terminé. C’est une raison de plus pour rester attentif à l’état de chacun dans un groupe le soir en refuge, et pas seulement pendant la montée elle-même.

La seule règle qui vaut : ne pas monter, redescendre

Face à des symptômes qui apparaissent en altitude, la règle est toujours la même, et elle n’admet pas d’exception : on arrête l’ascension. Si les symptômes persistent après une pause et un peu de repos, on redescend, même de quelques centaines de mètres seulement, ce qui suffit souvent à faire disparaître les premiers signes. Continuer à monter en espérant que « ça passera plus haut » est l’erreur la plus dangereuse qu’on puisse commettre en montagne.

En cas de symptômes évocateurs du mal aigu des montagnes, il ne faut jamais poursuivre l’ascension : si l’état ne s’améliore pas au repos, la seule conduite à tenir est de redescendre, et d’alerter les secours sans délai en présence de signes de gravité.

Cette règle est celle qu’appliquent les secours en montagne, le PGHM — peloton de gendarmerie de haute montagne — au premier rang : la descente n’est jamais un échec, c’est le seul geste qui protège vraiment.

Ce que je recommande, sans jamais me substituer à un médecin

Je ne suis pas médecin, et je ne prescris jamais rien : aucun médicament n’est une solution à proposer soi-même sur un itinéraire, et toute automédication contre le mal des montagnes doit être discutée en amont avec un professionnel de santé, en particulier pour un séjour prévu au-dessus de 3 000 mètres. Ce que je peux transmettre, en revanche, ce sont des habitudes simples : monter progressivement, dormir si possible à une altitude inférieure au point le plus haut atteint dans la journée, bien s’hydrater et écouter le corps plutôt que le programme prévu sur le papier.

En cas de doute, mieux vaut consulter un médecin avant un projet d’altitude, surtout pour un enfant, une personne enceinte ou toute personne ayant des antécédents cardiaques ou respiratoires. Et sur le terrain, au moindre signe de gravité, le réflexe est d’appeler les secours en composant le 112, sans attendre que la situation s’aggrave.

Ce principe de prudence rejoint d’ailleurs ce que je recommande sur le choix d’un itinéraire en altitude : mieux vaut un objectif plus modeste et un retour serein qu’un sommet atteint au prix d’un état qui se dégrade. Pour aller plus loin sur les mécanismes physiologiques en jeu, l’article de Wikipédia consacré au mal aigu des montagnes détaille les stades de la pathologie et ses formes sévères.

Thibault Reynaud, accompagnateur en moyenne montagne depuis quinze ans dans les Écrins.


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