La question me revient à chaque sortie que j’organise avec des marcheurs qui découvrent les Écrins : faut-il encore acheter une carte papier quand on a une appli GPS sur son téléphone ? Ma réponse ne change pas depuis quinze ans : les deux se complètent, et se passer de l’une des deux finit toujours par coûter cher un jour ou l’autre.
La carte IGN, la référence qui ne tombe jamais en panne
L’IGN, l’Institut national de l’information géographique et forestière, produit les cartes topographiques de référence pour la randonnée en France, au fameux 1/25 000. Sur le massif des Écrins, ces cartes détaillent le relief avec une précision qui permet d’anticiper un passage raide, de repérer une barre rocheuse ou de comprendre où passe réellement un sentier quand le balisage se fait discret, ce qui arrive vite au-dessus de la limite de la forêt.
L’avantage d’une carte papier ne tient pas qu’à sa fiabilité en cas de panne de batterie : elle offre une vue d’ensemble qu’aucun écran de smartphone ne peut égaler, avec un seul coup d’œil sur tout un itinéraire, ses variantes et les points de repère alentour. C’est aussi l’outil qui reste lisible sous la pluie battante ou en plein soleil, deux situations où un écran tactile mouillé ou ébloui devient vite inutilisable.
Le numérique en complément, pas en remplacement
Le fond Géoportail, la plateforme cartographique publique de l’IGN, permet de consulter les mêmes données topographiques en ligne ou via une application mobile, avec l’avantage de zoomer et de superposer différentes couches d’information selon les besoins. C’est un excellent outil de préparation à la maison, pour étudier un itinéraire avant de partir, ou de confirmation ponctuelle sur le terrain.
Le vrai apport du numérique, sur le terrain, tient surtout à la trace GPX : un fichier qui matérialise l’itinéraire prévu et permet de suivre sa progression en temps réel, avec une précision de position que la lecture seule d’une carte ne donne pas toujours dans un terrain complexe ou par mauvaise visibilité. C’est un vrai plus en cas de brouillard soudain sur un plateau ou un col, quand les repères visuels disparaissent d’un coup.
Ce qui fait vraiment défaut sur le terrain
La panne de batterie reste la cause numéro un d’abandon du numérique en cours de route, et elle survient plus vite qu’on ne le pense : froid, usage intensif du GPS, écran allumé en continu. Une batterie externe chargée avant de partir, gardée au chaud contre le corps plutôt que dans une poche exposée au froid, prolonge nettement l’autonomie d’un téléphone sur une journée entière.
Le réflexe le plus simple, et pourtant le moins suivi, consiste à activer le mode avion dès le départ de la randonnée. Sans réseau à chercher en continu, la batterie du téléphone se vide beaucoup moins vite, tout en gardant le GPS actif puisque la localisation satellite ne dépend pas du réseau mobile. C’est le geste qui change le plus l’autonomie réelle d’une appli de randonnée sur une sortie en montagne.
Il faut aussi anticiper les zones sans couverture réseau, fréquentes dans les vallées encaissées du Valgaudemar ou de l’Oisans : télécharger la carte et la trace en amont, avant de perdre le réseau, évite de se retrouver bloqué avec une appli qui réclame une connexion pour charger les données manquantes.
La méthode que je recommande
Sur le terrain, j’emporte systématiquement les deux : la carte IGN pliée dans une poche accessible, et le téléphone avec une trace GPX préchargée en mode avion, complété d’une batterie externe. La carte sert de vue d’ensemble et de filet de sécurité, le téléphone affine la position au moment où le doute s’installe. Cette double approche prend tout son sens sur les itinéraires engagés que je décris par ailleurs, comme la traversée du GR54 autour de l’Oisans, où un mauvais choix de sentier peut coûter une heure de marche inutile, voire davantage.
Avant de partir, la préparation matérielle ne s’arrête pas au numérique : elle rejoint aussi la check-list de base d’une randonnée à la journée, où la carte et le moyen de communication ont toute leur place. Pour se procurer les cartes et fonds cartographiques officiels du massif, le site de l’IGN reste la source la plus fiable, avec ses références actualisées régulièrement.
Thibault Reynaud, accompagnateur en moyenne montagne depuis quinze ans dans les Écrins.
